jeudi 16 août 2012

Bruno SINQUIN. Communiquer sans stress


Bruno SINQUIN, praticien en communication et en gestion des conflits, est un autodidacte. Grâce à toutes les approches qu’il a étudiées - corporelle comme l’Aïkido, le Seitai, le Systema, le Contact Impro …, ou psychologiques et philosophiques comme la vision sans tête, la communication non violente, le travail de Byron Katie, certains éléments de PNL -, il a su réaliser une synthèse et une pédagogie qui va à l’essentiel : « Sans stress, confie-t-il, les techniques de communication sont assez faciles à utiliser. Dire clairement ce que l’on veut, exprimer de la compréhension pour l’autre, prendre son temps pour trouver un accord, c’est logique et pas si difficile. Avec du stress, par contre, ça devient plus compliqué. Le nœud de l’affaire c’est vraiment se libérer du stress! »



Régulièrement, quand tu parles de ta démarche en communication, tu cites l’Aïkido. Peux-tu nous expliquer ton parcours en Aïkido?

La première fois que j’ai vu de l’Aïkido, c’était enfant, à la télé, Un reportage d'Arnaud Desjardin sur le zen où l’on voyais quelques moines qui le pratiquaient. J’ai été complètement subjugué par la beauté des mouvements. J'avais déjà fait du judo et j'étais incrédule. Aussi, je me demandais vraiment ce que c’était que ce truc… C’est un copain rugbyman et ceinture noire de karaté, dix ans plus tard, qui m’avait confirmé que si, si, ça pouvait être efficace comme art martial. Du coup j’ai commencé à prendre des renseignements et je suis tombé sur des écrits du fondateur Morihei Ueshiba :
« Il n’y a pas de conflit dans l’Aïkido, disait-il. Comme il est non-résistance, il est victorieux depuis le début. Il ne s'agit pas de corriger les autres, mais de corriger son propre cœur. C'est cela l'Aïkido. Gagner veut dire gagner sur l’esprit conflictuel que nous logeons à l’intérieur de nous-même.
Si vous comprenez ces principes, vous serez heureux d'être vivant, et remercierez chaque jour avec joie. 
Le secret de l’Aïkido est de s’harmoniser avec le mouvement de l’univers, et qui a percé ce secret peut affirmer : je suis l’univers... »
Le même genre de paroles énigmatique que Kwai Chang Caine le héros de « Kung Fu » une série de mon enfance avec David Caradine. Ce sont ces paroles de Ueshiba qui ont décidé de mon engagement dans cette pratique, je m’en rends compte maintenant. J’ai cherché un club sur Quimper ou j’habitais et j’en ai trouvé un, c’était le seul de la région à l’époque. C’était à la MPT d’Ergué-Armel et c’était Michel Evano qui enseignait. C’était en 1982 et depuis je n’ai jamais cessé de m’entraîner. J’enseigne toujours l’Aïkido à la même MPT à Quimper et à Douarnenez aussi. Mais j’ai apporté de nombreux changements dans la façon de s’entraîner.


Des changements?

C’est venu petit à petit et ça s’est affirmé en 2005. Avec des amis intéressés par ma démarche, nous avons créé l’association Shojin, une association autonome, non affiliée à une fédération sportive, sans système hiérarchique de grade, sans programme technique rigide, et où je développe en parallèlle à l’Aïkido, mon approche de la communication.
Ce cadre me permet de partager ce que je crois avoir compris de l’Aïkido : je n’enseigne pas les techniques. J’enseigne les principes sous-jacents qui permettent aux formes de l’Aïkido d’apparaître. Ces formes apparaissent d’elles mêmes et sont à chaque fois uniques : c’est une création permanente et jamais une reproduction. C’est ce que je vois quand je regarde les films du fondateur Morihei Ueshiba.


Un art martial sans grade, c’est inhabituel, non?

Oui, sûrement, mais nous ne sommes pas les seuls. Itsuo Tsuda qui a introduit le Seitai en France et qui enseignait aussi l’Aïkido dans les années 70 ne donnait pas non plus de grade et a pourtant eu de nombreux élèves.
Si on considère comme moi l’Aïkido comme un art soutenant une transformation intime, intérieure, il y a beaucoup plus d’avantages à ne pas avoir de grades qu’à en avoir : finies les comparaisons, finis les jeux de pouvoirs, et à nous l’exploration en liberté de nos principes.
Le cadre dans lequel une pratique se développe influence la pratique elle même et le cadre ouvert et souple de l’asso Shojin, augmente à mon avis, les chances que l’Aïkido nous révèle sa dimension essentielle qui est celle d’une philosophie de la non dualité s’exprimant et se partageant par l’action et la sensation.

Est-ce qu’on peut encore parler d’art martial?

Oui, parce qu’il y a d’un côté intentions, gestes, et engagement d’attaque. Et non parce pour être rien et vider complètement l’attaque, les attitudes à rechercher sont complètement à l’opposé d’une attitude martiale, guerrière.

Et c’est peut être là que tu fait le lien avec la communication?

En effet, dans le Shojin-Aïkido la communication se fait sans mot par les sensations, le contact, et le mouvement. Et en dialogue verbal elle se fait par les mots et le langage. Mais les principes sont rigoureusement les mêmes, c’est pourquoi je parle parfois d’aïkido verbal pour décrire mes ateliers de Dialogue Ouvert.




Peux-tu nous en dire plus sur ces principes ?

Nous développons une capacité d’accueillir une attaque, ou toute autre expression d’ailleurs, dans une écoute ouverte, non réactive, et nous transformons l’agressivité qui est en nous en expressivité. En alternant expressivité non oppositionnelle et écoute de l’intention de l’autre, il y a un dialogue qui se crée. Nous apprenons à maintenir ce dialogue sans tomber ni dans l’agressivité, ni dans la passivité ou la soumission, jusqu’à ce que la tension se résorbe d’elle-même.
Le côté magique c’est que l’attaquant quand il ne rencontre vraiment rien comme opposition n’arrive plus à rester agressif. Le vide c’est vraiment désarmant, et cela que l’on attaque avec les mots ou avec les poings. En cela, c’est  efficace, mais ce n’est pas une efficacité qui vient d’une habileté ou d’un savoir accumulé. Cette efficacité ne vient pas de l’ego, de la capacité de quelqu’un, elle vient d’une dimension autre. C’est vers cette autre dimension que je pointe quand j’utilise les mots non-dualité, non duel. Certains parlent de spiritualité mais j’aime moins ce terme parce que chacun y mettant un peu ce qu’il veut il est flou, et aussi parce qu’il peut être confondu avec l’adoption d’un sytème de croyance ou de comportement. Non dualité, c'est l’inverse d’adopter de nouvelles croyances : c’est voir que nos construction mentales, y compris ce que croyons être, ne sont pas réelles, et c’est ressentir qu’en les lâchant, c’est le stress lui même qui se libère. C’est à la fois un travail sur le mental, les pensées et sur les sensations, le corps.




Lorsque l’on sait que les messages et signaux adressés à un interlocuteur passent prioritairement par la communication non verbale, on apprécie l’enjeu de ce positionnement… Mais quand même du stress il en faut bien un petit peu, non?

Je sais pas s’il en faut, mais de toute façon il est là, et ce que je propose ça n'est sûrement pas de le fuir ou de le nier. Je propose au contraire d’aller à sa rencontre, de le questionner... de l’accueillir, et de comprendre son intelligence qui est de me signaler que quelque chose d’important se passe en moi : le stress bien compris est une invitation à l’écoute de soi.
C’est peut être l’idée que le stress est nécessaire pour nous pousser à l’action qui te fait dire qu’il « en faut bien un petit peu » ? Mais « sans stress » ne veut pas dire sans émotion, mais plutôt sans émotion bloquée. L’émotion libérée ne se transforme pas seulement en paix et en sérénité mais aussi éventuellement en énergie d’action : la peur se transforme en enthousiasme par exemple, c’est plus porteur, non ? Donc, ce n’est pas mon expérience «  qu’il en faut bien un petit peu », je préfère, à chaque fois que j’y arrive, qu’il n’y en ai plus du tout!

Peux-tu nous présenter tes ateliers ?

Je propose des ateliers de Dialogue Ouvert, de communication uniquement verbale, et de Shojindo, communication verbale et corporelle. Les participants apprennent sur eux-même et d’eux-mêmes, en découvrant comment ils réagissent dans les relations inter-personnelles, et en s’essayant à d’autres façons d’être et de faire.
Nous nous trouvons mis en situation et apprenons de la situation même. Pas trop de théorie, de la pratique. Une liberté, et une ambiance de sécurité pour explorer ensemble.
L’entrainement régulier favorise l’ancrage au quotidien de ces nouveaux comportements et le quotidien amène dans le cercle d’apprentissage de nouvelles situations à travailler : « Ce sont des pratiques qui vous changent la vie! »
Je propose aussi des suivis individuels, des médiations, et j'interviens en milieux scolaires et autres…

Pour en savoir plus

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