vendredi 5 octobre 2012

Professeur Frédéric Dubrana. L'homme réparé, jusqu'où ?


« Réparation de l'homme, jusqu'où ? », c'est le thème du premier café des sciences, vendredi 12 octobre 2012, à 20h30, à la MPT d'Ergué-Armel, à Quimper, avec la participation de Frédéric Dubrana, chercheur et praticien orthopédiste au CHR de Brest.

En préliminaire du débat, le professeur a bien voulu baisser le masque pour répondre à quelques questions.



 


Les progrès de la médecine, dans votre spécialité, sont-ils porteurs d'espoir ou d'illusion ?

« La chirurgie, en intervenant sur le corps de l'homme, porte un espoir de guérison et souvent une vaine espérance de régénérescence.
Mais la chirurgie orthopédique ne guérit pas. Elle redresse, elle améliore, elle ajoute, elle enlève. Mais rien ne sera jamais plus comme avant. La cicatrice chirurgicale conteste la guérison ou la restitution ad integrum. Le mythe de Dionysos exprime cet improbable espoir morphogénétique. Car la tentation dionysiaque c'est de croire que la chirurgie est régénératrice, et d'espérer une improbable régénérescence. »

Alors, qui nourrit l'illusion ?

« C'est souvent la faute multiple du chirurgien et du patient. On ne vend pas à celui-ci la cicatrice, la douleur, la raideur. Le patient dit : « je veux oublier l'opération et être mieux qu'avant ». Si on part sur ces bases, le contrat est faussé. L'orthopédie est une médecine de confort, mais elle laisse des traces. Il faut dire que certains confrères promettent l'impensable, en évoquant des techniques du troisième millénaire. »

Nous devons donc être plus réalistes ?

« L'homme porte ce désir inconscient de régénérescence. Peut-être y aura-t-il, dans l'avenir, d'importantes avancées, notamment grâce aux recherches sur les cellules souches. Mais aujourd'hui le prix de l'intervention chirurgicale, c'est la douleur et la cicatrice.

Le traitement de la luxation congénitale de la hanche, que je connais bien, soulève un questionnement. On peut s'interroger sur le point de savoir s'il faut systématiquement opérer, au risque de faire plus de mal que de bien. Au lieu de faire un martyr de la chirurgie, peut-être vaut-il mieux parfois accepter de laisser en l'état un boîtement. »

Y aurait-il un décalage, pour le patient, entre l'image qu'il se fait de la démarche chirurgicale et la réalité qu'il va vivre ?

L'homme est à la fois fils des Titans et de Dionysos : entre rêve et réalité. Il y a effectivement un décalage entre ce qu'on propose, ce qu'il attend et la réalité du corps.
Même si le corps a des ressources réelles de régénérescence, au-delà même de 90 ans, il y a des contraintes que tout le monde peut comprendre. Lorsqu'on fait un coupé collé, on introduit dans l'organisme du plastique ou du métal.

Qu'est-ce qui nourrit l'improbable espoir de régénérescence : le désir d'éternité ou la peur de la mort ?

C'est sans doute d'abord le cliché véhiculé par notre société : il faudrait coûte que que coûte demeurer jeune et en pleine santé toute sa vie ! On lutte pour cela. La société américaine, notamment, obsédée par la longévité, dérive vers des chimères d'immortalité.


Finalement, voudrait-on s'affranchir de la condition humaine ?

Je n'y avais pas pensé. Mais il y a peut-être de cela. On peut faire le parallèle avec un grand sportif ou un chanteur connu. Il y a des cas où les gens sortent de la condition humaine.


1 commentaire:

  1. très realiste on reconnaît l'homme de science sincère mais avant tout l'humain.

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