jeudi 6 février 2020

Marc Pointud. Tévennec, les portes de l’enfer


Soixante-neuf jours seul au phare de Tévennec, au nord du raz de Sein, Marc Pointud a vécu, du 27 février au 5 mai 2016, le quotidien des anciens gardiens de phare, absents du lieu depuis 1910. Il revient avec un livre superbe « Lumières sur Tévennec, les portes de l’enfer » (Coop Breiz, 2018), qu’il dédicacera jeudi 6 février à la Médiathèque d’Ergué-Armel, à l’issue d’une conférence. Celle-ci débutera à 18h par la projection d’un film de 24 minutes, fort en images et sensations.




Marc POINTUD
Crédit photo : Charles MARION



L’envie de chevaucher ce monstre sculpté par des millénaires d’érosion, fait de « blocs empilés tels des dents pointées vers le ciel », Marc Pointud est allé la chercher, dit-il, au cœur de son adolescence. Le vague rêve d’affronter seul une nature sauvage s’est matérialisé dans un défi pour attirer l’attention générale sur les besoins financiers criants de la société nationale pour le patrimoine des phares et balises, dont il est le fondateur.




Se rencontrer soi-même
Le livre de bord du solitaire, jour après jour, c’est très naturellement du factuel. Gestes inlassablement répétés, tressant une ligne de vie. Pour la survie face aux éléments toujours menaçants, comme cette scélérate lame de fond un jour de beau temps, ou le piège d’une roche glissante. Mais l’adoption d’une routine c’est aussi « baliser le temps pour éviter la dérive mentale et permettre de se rencontrer soi-même ». Cela suppose, confie Marc, de « jouer le jeu, se laisser envahir par le lieu, se convertir à lui, tous sens en éveil ». Morceaux choisis. 






Tévennec 
Crédit photo : Charles MARION


 

Un « domaine du bruit permanent où le silence règne »

Comme à beaucoup d’ermites, la tentation s’est présentée à lui. « A toute heure du jour et de la nuit, la mer fait entendre sa présence. Les jours de grand calme sont rares. Mais elle est là, elle chuinte au pied des roches. La nuit, elle m’appelle. Je serai tenté d’y descendre, de voir ses phosphorescences dans l’obscurité, sa dentelle blanche qui se trémousse comme pour me provoquer. Mais je refuse cette emprise. Céder au chant des sirènes serait se mettre en danger… »


La nuit du 27 au 28 mars
« Les déferlements réguliers et habituels sur les Tréolets étaient devenus plus forts alors que la mer alentour était calme. A la tombée de la nuit, le vent de suroît fraîchit sévèrement pour atteindre la force 9. J’ai vérifié la protection des cartons de vivres dans la première pièce, dont le plafond goutte fortement dès qu’il pleut. » Marc suit la montée en puissance du coup de tabac, habillé chaudement avec ciré et bottes, « réflexe de marin » : 50 nœuds de vent, puis 60, puis 80. « La mer gronde. Une nuit dantesque. Je décide de sortir mais peu loin, car il est impossible de tenir debout tout seul… » Dûment harnaché et accroché, il goûte à se laisser inonder par les paquets de mer qui montent jusqu’au rebord du toit, qui « giflent tout obstacle sur leur passage pour aller se perdre dans une nuit hantée par les grands panaches blancs des déferlantes… »




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